La cuite de Noé, la pièce


LA CUITE DE NOE – version du 20 août 2014
(Illustration: Ivresse de Noé par Bellini – Wikimedia commons)

Louis Pinaud-Conti, dit Louis la Goutte, artiste peintre, pianiste et
chanteur: Jean-Philippe
Cépi Dionis, vigneron: Berthier
Chasselle Dionis, femme du vigneron: Lucienne
Jules Braguette, pilier de bistrot: Jean-Pierre
Alexia Cortanne, muse: Véronique
Luther Eunios, pasteur: Jacques
Voix off masculine: Claude
Voix off féminine: Véronique
Après l’introduction du président des Biviades, un générique défile à l’écran, sur fond de musique jouée au piano par Louis.
Ambiance bleue.

Voix off masculine : Nous sommes dans l’atelier d’un artiste, plus connu pour
son style et son art de vivre que pour ses oeuvres. Dans cet atelier, celui ou celle qui y met les pieds, se rend tout de suite compte qu’ici, l’ivresse précède
toujours la création.
Tout devient un peu fou dès qu’on a passé la porte de l’atelier de Louis Pinaud-
Conti. Les préjugés, les susceptibilités, les querelles, tout est noyé dans la cuve des plus grands millésimes.
Louis Pinaud-Conti, c’est Louis la Goutte, en référence à ses crises de podagre.
Car comme Louis XIV, Louis souffre de la goutte. Et comme Louis XIV, auquel
son médecin avait ordonné d’arrêter de boire du Champagne, Louis ne boit plus que du Pinot noir. Chaque semaine, Louis la Goutte organise des soirées à
thème, en lien avec la vigne et le vin.
Et ce soir, le thème est… le vin et le divin !

TABLEAU 1 : L’IVRESSE MAGIQUE
Lumière. Nous sommes dans l’atelier de l’artiste; quelques-unes de ses oeuvres sont en évidence. Louis est à sa table en train de lire le journal. Un verre de Pinot est posé sur la table, à côté d’une carafe; on voit un présentoir de vin avec quelques bouteilles en place et debout, celle qui contient le vin de la carafe.
Louis : Ah diable ! Je ne pensais pas que les dégâts dus à ce coup de grêle de l’an passé allaient limiter la quantité dans une telle proportion !
Alexia entrant; elle porte une robe ample et courte avec un blouson léger : Mais la qualité, cher Louis la Goutte, ne manque pas. Dieu s’y est employé. Comme le soulignait Lacordaire, un vieux prédicateur français du 19ième siècle, « le vin n’est pas une invention du diable, mais un don de notre Père, qui nous connaît et nous aime ».
Louis: Magnifique, Alexia ! L’homme, à travers les âges, n’a jamais cessé de chanter Dieu et le vin. Le Bordeaux irrigue l’esprit, le Champagne, le coeur, et le Bourgogne, notre sensualité… Mais les Vins de Neuchâtel, eux, ils parlent ! Il va se mettre au piano pour chanter:
Tous Chanson: Le petit vin blanc

Ah, le petit vin blanc Qu’on boit sous les tonnelles, Quand les filles sont belles Du côté du Joran.
Et puis de temps en temps, Un air de vieille romance, Semble donner la cadence Pour fauter, pour fauter, Dans les bois, dans les près, Du côté, du côté du Joran.

Louis: Mais dis-moi, Alexia ma chère muse, Cépi Dionis, le vigneron, et Chasselle, sa femme, ainsi que mon cher ami Jules Braguette, ne sont pas encore arrivés ?
Alexia: Ils arrivent justement ! Ton ami Jules, comme d’habitude, bascule un peu.
Jules, Cépi et Chasselle entrent l’un derrière l’autre. Jules s’asseye, Cépi reste debout devant la table. Chasselle va chercher des verres et les remplit.
Alexia: Surprise ! Cette fois, Cépi Dionis ne tient pas une bouteille sous le bras, mais… un rouleau de papier !
Louis: De quoi s’agit-il au juste ?
Cépi: Je viens de retrouver une reproduction du plus célèbre tableau de Giovanni Bellini, ce peintre formidable de Venise, qui vivait au XVème, si mes souvenirs sont bons.
Cépi déroule son rouleau et le montre à Jules. La reproduction du tableau paraît à l’écran.
Cépi Bellini a peint une approche toute particulière de cet ami des bêtes et constructeur d’arche qu’était le vieux Noé. Il a nommé son tableau « L’ivresse de Noé »… pour ne pas dire, je pense, la cuite de Noé ! Et je me suis dit qu’avec le thème de ce soir, on pourrait s’en inspirer.
Cépi s’asseye. Jules saisit un verre de vin à moitié rempli sur la table et l’avale.
Jules: Mais, il lui fout la main au sac !
Alexia: Je vous en prie Braguette, oubliez votre nom !
Jules: Excusez-moi, je prends des libertés parce que je me sens bien avec vous, avec toute l’équipe. Comme un bon Chardonnay, je vais donner du moelleux à mes propos, leur donner une forme bien arrondie, un goût de vanille, voire quelques nuances citronnées, comme un Chardonnay de Californie dont je me souviens encore !
Cépi: Si on pouvait passer au thème de ce soir et ne pas laisser Jules s’envoler dans ses délires lyriques, Louis la Goutte pourrait nous donner quelques explications sur cette peinture.
Louis: Bien volontiers, si vous daignez me prêter attention et ne pas trop pinter en m’écoutant !
Tous: Santé !
Louis: D’abord, comme un bon connaisseur de vin n’oublie pas de s’intéresser à la vigne, d’où elle vient et qui l’a taillée, il faut se souvenir que les sarments des textes sacrés, eux aussi, ont été taillés, pour en livrer la quintessence finale que nous connaissons. Le texte qui inspira Bellini pour créer cette oeuvre, remonte à la Genèse, non seulement du livre de Dieu, mais même de la création du vin.
Ambiance bleue.
Voix off masculine: C’est Noé, homme du terroir, qui le premier planta une vigne. Il boit du vin jusqu’à l’ivresse, et se met tout nu…
Lumière.
Jules: Mais pourquoi est-il à poil ? Et que font ces trois gaillards derrière lui ?
Louis: Ce sont les fils de Noé: Sem, Cham et Japhet. L’artiste a bien compris le lien que souligne le texte biblique, entre vin et nudité: L’ivresse déshabille… in vino veritas, la cuite autrement dit ! Et les fils de Noé ne veulent pas voir cette nudité, ils se cassent la tête pour trouver une solution et ne pas être impudiques devant cet excès de l’inventeur du vin. Ils se cachent derrière le manteau pour cacher la nudité de leur père.
Chasselle: Comme je vous connais, Messieurs, vous auriez préféré que ce soit la femme de Noé qui soit toute nue devant vos yeux !
Jules: Alors leurs mains n’auraient pas tenu le manteau !
Chasselle: Toi, occupe-toi des tiennes, tiens ton verre et ne te cuite pas trop !
Louis: Est-ce que je peux poursuivre ?
Tous: Oui, oui, bien sûr !
Louis: Noé vient de sauver l’humanité avec son caisson navigable ! Et juste après avoir bu la tasse et subi une indigestion d’eau, il invente le vin. Dieu ne s’attendait certainement pas à ce coup de génie du vieux Noé. Dieu y avait-il même songé ? Est-ce qu’il l’a inspiré ? On ne le saura peut-être jamais.
Jules: En tous cas, Dieu a permis cette invention et pour nous, c’est ce qui compte.
Tous: Santé !
Louis: Bien dit. Mais les fils de Noé sont un peu excédés. Ils ne veulent pas offenser Dieu, ni par la nudité de leur père, ni par sa cuite.
Ambiance bleue.
Voix off: masculine Rappelons-nous la voix du Siracide.
Jules: Tiens ! Je ne savais pas que la syrah avait une voix, et de plus… acide ! Qu’est-ce qu’elle vient faire dans cette galère… euh, dans cette arche ?
Voix off masculine: Ecoutons Ben Sira, le fils de l’Ecclésiastique:
Jules: …tique-tique-tique…
Voix off masculine: « N’attaque pas trop fort le vin, car le vin en a ruiné beaucoup. Pour l’homme, le vin c’est la vie quand il en boit modérément. Que vaut la vie privée de vin ? Il fut inventé pour la joie des hommes… Dans un banquet, ne t’en prends pas à ton voisin, ne méprise pas sa gaieté, ne lui adresse pas d’insulte ni de blâme s’il redemande du vin ».
Lumière.
Alexia: Ah, cette fois au moins, le fruit n’est pas défendu ! Au contraire, pour autant qu’on soit raisonnable, comme on vient de l’entendre, il est source de reconnaissance… Elle se lève Magie de l’ivresse envers son Créateur !
Louis va se mettre au piano.
Tous Chanson: Boire un petit coup

Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux Mais il ne faut pas rouler dessous la table Boire un petit coup c’est agréable Boire un petit coup c’est doux Allons dans les bois ma mignonnette Allons dans les bois du roi Nous y cueillerons la fraîche violette Allons dans les bois ma mignonnette Allons dans les bois du roi Non Firmin, tu n’auras pas ma rose Non Firmin, tu n’l’auras pas Car Monsieur le curé a défendu la chose Non Firmin, tu n’auras pas ma rose Non Firmin, tu n’l’auras pas J’aime le jambon et la saucisse J’aime le jambon, c’est bon Mais j’aime encore mieux le lait de ma nourrice J’aime le jambon et la saucisse J’aime le jambon, c’est bon

Noir.

TABLEAU 2 : LE VIN ET LE DIVIN
Lumière.
Louis se lève, va prendre une bouteille placée sur le présentoir. Il la brandit et lit l’étiquette qui porte la dénomination de Plan de Dieu: Nous y voilà ! Le divin non seulement se pose sur certaines étiquettes de grands crus, mais il nous rappelle que le vin, vêtu d’une étiquette, est porteur d’un message et accompagne notre longue histoire vers Dieu. Ça, c’est le pasteur qui me la rappelé.
Chasselle: A propos, vous ne l’avez pas invité, Monsieur le pasteur ?
Louis: Mais oui, j’ai oublié de vous le signaler: il m’a dit qu’il arriverait un peu plus tard. Alexia, lance-lui un coup de fil… sans fil !
Alexia appelant grâce à un portable: Allo, c’est toi Luther ? T’as oublié le rendez-vous chez Louis la Goutte ? Non ? Tu arrives ? Ah, tu étais chez Paul le vieux vigneron ? A toute ! Elle s’adresse à tous: Il arrive, il est allé apporter la communion au vieux Paul qui était en manque. Mais au fait, Louis, pourquoi l’as-tu invité ?
Louis: Je l’ai invité parce que le thème de ce soir, « le vin et le divin », devrait le concerner !
Cépi: Le christianisme se meurt et le vin demeure… les églises se vident et les caves se remplissent !
Jules: Oh, je presse ces sentences ! Pensons à la Napa Valley en Californie, à l’Amérique du Sud et même l’Afrique du Sud, qui s’est mise à faire du pinard. L’Inde aussi, me rappelait l’autre soir Philippe Borioli. Et je ne parle pas des Chinois et des Russes qui confisquent les vignobles de notre vieille Europe. Ça en fait des hectolitres !
Alexia: Monsieur le pasteur est arrivé !
Luther entrant: Je vous salue bien haut ! Chaque fois que je viens à l’une ou l’autre de vos rencontres où l’on célèbre le vin, je baigne dans un jéroboam de joie, je suis ivre de vivre, quand bien même la Réforme a vu le jour dans l’Europe de la bière…
Jules: Bien le bonsoir, cher pasteur. S’il est vrai que la bière ballonne son homme là-haut dans les pays du Nord, n’oubliez pas quand même les beaux coteaux des Vallées du Rhin et de la Moselle.
Louis va au piano et entonne la chanson Jef

Viens il me reste trois sous On va aller se les boire Chez la mère Françoise Viens il me reste trois sous Et si c’est pas assez Ben il me restera l’ardoise Puis on ira manger Des moules et puis des frites Des frites et puis des moules Et du vin de Moselle Et si t’es encore triste On ira voir les filles Chez la madame Andrée Parait qu’y en a de nouvelles On rechantera comme avant On sera bien tous les deux Comme quand on était jeunes Comme quand c’était le temps Que j’avais de l’argent

Louis: On vous attendait avec impatience, cher ministre des cultes. Si je me souviens bien de notre dernière rencontre au Cygne, on avait convenu que vous lanceriez le thème de ce soir, « le vin et le divin » ! On va donc faire des sauts périlleux sur la cuve des cieux !
Luther: Je me souviens très bien. Comment l’aurais-je oublié alors que du tréfonds de ta grande culture, tu soulignais ta demande de ton engouement poétique par une réplique du genre…

On a le sang du pays
Avec les vendanges d’ici
Chasselas, Chardonay, Pinot gris
On a le goût du pays
Avec nos vignerons érudits
Leur rouge ou leur oeil-de-perdrix

Cépi: En effet, que serait le vin sans notre terre, notre sueur et le génie de nos vignerons ?
Luther: Outre le fait que depuis les tout vieux temps, les cultes des grandes religions du monde n’ont jamais cessé d’entretenir des relations incestueuses avec les boissons fermentées, ce soir, Dieu est dans le vin, le vin est sur la table… La reproduction du tableau de la Cène de Léonard de Vinci paraît à l’écran …et la table est de Léonard de Vin…ci. Il montre le tableau du doigt
Jules: Et sur la nôtre, santé !
Alexia: Franchement Luther, tu ne vas pas te lancer dans une justification du christianisme. On sait que tu y tiens…
Jules: Y tient quoi ?
Alexia poursuivant: …on sait qu’ici, à Bevaix, sans l’Abbaye, Une diapositive de l’Abbaye paraît à l’écran le Temple, les quatre Cures, les illustres pasteurs… notre histoire serait inénarrable. Et que nous ne pouvons l’évoquer sans faire référence aux vignerons et donc au vin de la Cène !
Luther: Non, rassure-toi ma belle, je vais être plus terre à terre et proposer une approche interactive du thème de ce soir, comme on dit en communication. Vous allez d’ailleurs tous devoir vous mouiller !
Jules: Tu veux dire nous imbiber !
Luther: Toi, mon ami Jules, je vais te demander d’être bien attentif. Il y a une suite à la cuite de Noé, il y a les Noces de Cana, en Galilée. Jules, tu t’en souviens, n’est-ce pas ? Lors de ta dernière cuite, tu étais à la noce !
Jules: Tu exagères: je vais te prouver que je n’ai pas complètement oublié mon catéchisme. Le premier signe du génie de Jésus, c’est de transformer de l’eau en vin, un vin qui est largement goûté par les convives de la noce. Le premier miracle que fait Jésus, est une histoire de pinard… nettement amélioré !
Cépi: Autrement dit, Noé inventa le vin, Jésus le raffina et lui donna, en abondance, son excellence.
Chasselle: Comme c’est bien dit, mon chéri…
Jules: Plus que cela ! Jésus accomplit ce miracle lors d’un mariage, ce qui n’est pas rien ! Le vin et l’amour sont ainsi devenus inséparables. Le vin devient nuptial, érotique…
Tous: …tique-tique-tique…
Jules: Une bonne religion est une religion de l’ivresse dans l’amour.
Alexia: Faut toujours qu’il en rajoute ! Et vous avez de la chance, parce qu’il n’est pas encore complètement fait ! Elle va se frotter à lui.
Luther: Oh, je vois que cela part bien ! Mais dis-moi, toi, Cépi Dionis le vigneron, toi qui en amont travailles la vigne à la sueur de ton front, toi qui la prépares afin qu’elle donne ses plus belles grappes, que penses-tu de cette euphorie de l’ivresse ?
Cépi: Je suis un peu rétro, mais je ne peux m’empêcher de penser à la voix de Ramuz quand il parle de Bovard, qui est dans sa vigne. Je le réentends nous dire…
Louis lui coupant la parole: Attends ! Il sort un vieux tourne-disque et pose le bras sur un vinyl.
Alexia: Mais… c’est une technique qui date d’avant le déluge !
On entend alors un extrait tiré du Passage du poète du C.-F. Ramuz, et lu par lui-même. Une diapositive montre Ramuz.
Jules: C’est bien beau la voix de Ramuz, mais il parle des vignes du Lavaux, ce n’est pas de chez-nous. Nous, on a aussi notre auteur !
Un extrait du spectacle du Millénaire, mettant en scène Walther, est diffusé. Pendant ce temps, quelques textes tirés de Vignes et vignerons du Pays de Neuchâtel sont lus. Des diapositives montrent les vignes de Bevaix.
Louis: Ça doit faire sourire le pasteur: on est plus du tout à Cana en Galilée, mais sur la Colline du Châtelard. On s’éloigne !
Luther: Vous savez, Dieu est partout: que Ramuz parle du Lavaux ou que Walther évoque le Châtelard.
Chasselle: Tout cela semble un peu dépassé quand même, tout cela ne coule plus tellement de source.
Jules: Mais par contre, de souche !
Luther: Je ne crois pas, chère Chasselle: nous venons de voir combien la vigne, donc le vin, est liée à Dieu, aux moines et aux prêtres. En somme, les propagateurs de la vigne en Occident sont des hommes de Dieu et non du Diable !
Jules: Et que fais-tu du vin du Diable des Coteaux de Cortaillod ? Tu ne le mettrais pas dans tes calices !
Luther: Mais sais-tu qu’on appelait ce vin comme ça pour effrayer les maraudeurs qui volaient la récolte ? On dit aussi qu’on l’appelle comme ça parce que le Général Oudinot tomba de son cheval après avoir bien bu lors d’un repas à Cortaillod. Il se serait écrié: Il est du Diable, votre vin, Colonel ! Mais ici, à Bevaix, nous avons une abbaye où jamais Satan ne doit s’être senti à l’aise.
Ambiance bleue.
Voix off masculine: La vigne alors sera si répandue qu’il se permettra d’y attacher son âne. Il lavera son vêtement dans le vin, son manteau dans le sang du raisin. Le vin avivera l’éclat de ses yeux et le lait la blancheur de ses dents.
Lumière.
Alexia prenant avec charme une goutte de vin dans le verre d’un hôte, elle s’en frotte les yeux et répète la citation Le vin avivera l’éclat de ses yeux…
Luther: Tes beaux yeux, Alexia, vont nous conduire au nouveau pas que va franchir le christianisme au sujet du vin. Mon cher ami Louis Pinaud-Conti, toi l’artiste, qui n’ignores pas combien l’art fut inspiré par le christianisme, que l’on pense à…
Alexia: …à Véronèse et ses Noces de Cana. Le tableau apparaît à l’écran (Illustration Paul Véronèse, les noces de Cana – Wikimedia commons).


Louis joue un court morceau, le temps de découvrir l’oeuvre.
Tous sur la musique, longuement: Oh !
Luther: Et encore à…
Cépi:…à Léonard de Vinci et sa Cène. Le tableau apparaît à l’écran.


Louis joue un court morceau, le temps de découvrir l’oeuvre.
Tous sur la musique: longuement Ah !
Jules: Et, pourquoi pas à la magnifique photo d’Antonio Del Gado, La cena en Hollywood ? Le tableau apparaît à l’écran.


Louis joue un court morceau, le temps de découvrir l’oeuvre.
Tous sur la musique, longuement: Euh !
Luther: Et jusqu’à…
Chasselle: …à Marc Chagall, et sa table dressée à St-Paul de Vence, où il avait son atelier. Le tableau apparaît à l’écran.

Louis joue un court morceau, le temps de découvrir l’oeuvre.
Tous sur la musique, longuement: Ah !
Louis: Oui, bien évidemment, ainsi selon toi Luther, le christianisme franchit un nouveau pas avec, le repas de communion. Là, sur la table, le vin devient métaphore du sang du Christ.
Luther au public: Mes amis en savent autant que moi ! Revenant à Louis Oui, c’est bien ça, Louis. Pour résumer, Noé tout cuité s’endort sous sa tente, non sans avoir auparavant révélé à ses fils le triomphal instrument de leur naissance…
Jules: lui coupant la parole …autre arbre de vie de la connaissance du bien et du mal.
Luther: poursuivant …ensuite, ses deux fils, Sem et Japhet, recouvrent sa nudité. Ainsi, Noé habillé, est à nouveau à l’honneur…
Jules lui coupant la parole: …mais à Cana, qu’est-ce que les disciples recouvrent? … La mariée ! Il éclate de rire.
Luther: Mais non cher ami, la mariée était bien recouverte de toute sa splendeur; ce qu’on recouvre à Cana, c’est la foi !
Jules: Là, je ne comprends plus rien…
Luther: Ça ne fait rien, car finalement ici, ce qui est recouvert, c’est la table…
Tous: … pour y boire un coup !
Luther: Un coup dudit… vin !
Tous: Santé !
Alexia: En fait, la Bible est remplie de bénédictions à l’égard du vin qui enchante le coeur de l’homme.
Jules: Comme tu parles bien, Alexia. Mais il y a toutefois quelque chose d’encore plus grand, et venant de moi, ça vous étonnera, de plus grand encore que de s’enivrer !
Alexia: Dis-nous tout !
Jules avec éloquence, mais chancelant: Il y a l’acte d’amour; seul l’acte d’amour surpasse l’acte de boire !
Ambiance bleue.
Voix off féminine « Qu’il me baise des baisers de sa bouche. Tes amours sont délicieuses plus que le vin ».
Lumière.
Louis va se mettre au piano pour chanter These women.

Ce sont les femmes qui nous font l’amour,
C’est l’amour qui rend triste,
C’est la tristesse qui nous fait boire,
Et c’est la boisson qui nous rend fous…

TABLEAU 3 : QUAND LE VIN A DE LA CUISSE

Louis: Et bien, cher Luther, tu t’es libéré pour cette extraordinaire soirée sur le thème du vin en lien avec l’amour.
Jules: Ta femme t’a laissé venir goûter aux délices de nos dames blanches et prendre une… culotte avec les meilleurs crus de notre ami Louis la Goutte ?
Luther: Oh, sans mentir, j’ai simplement laissé entendre à ma femme qu’on aborderait le côté féminin du vin. Mais ceci, lui ai-je dit… sans faire cul sec !
Cépi: Ouais, alors c’est bien parti !
Louis: En effet, pour ce thème pour le moins délicat, j’ai demandé à Chasselle, l’adorable femme de notre ami Cépi le vigneron, si elle ne serait pas d’accord de nous le lichoter… autrement dit, de nous le lancer. Elle a d’abord un peu hésité avant de me dire oui, et de me rappeler…
Chasselle: …pour que le vin nous fasse du bien à nous les femmes, il faut que ce soit les hommes qui le boivent !
Jules se lève et s’approche d’elle: Comme c’est bien dit, à votre santé donc ! Il embrasse Chasselle avant de faire cul sec.
Louis: Alors, ma chère Chasselle, comment vas-tu, après ce baiser, lancer ce thème qui déjà nous tape la cocarde ?
Jules: Et même un peu plus bas, si j’en crois la deuxième partie du thème: « quand le vin a de la cuisse ».
Chasselle: Outre le fait que la dérive est facile, comme vient de le démontrer Jules Braguette, je pense que le thème de ce soir devrait tout particulièrement être abordé sous l’angle de la valeur. De la valeur de chaque vin, comme de celle de chaque femme.
Cépi: Tu veux dire que chaque grappe, chaque cépage et chaque vin sont comme autant de pierres précieuses, une série de révélations. Chaque crû représente les multiples facettes d’un diamant, les nombreuses et généreuses formes du corps de la femme.
Luther: Ah ! Nous ne sommes pas si loin du divin et du monothéisme…
Jules: …du monokini non plus, si j’en crois les métaphores qui déferlent et défoncent nos fantasmes.
Chasselle: ignorant le propos de Jules Ce que je veux souligner n’est rien d’autre que le jumelage entre l’amour du vin et de la femme. Celle qui porte bijoux a aussi sa libido.
Alexia qui porte un collier serti d’une pierre précieuse: Tu veux dire, Chasselle, que les pierres précieuses ne sont rien d’autre que des femmes Elle montre son collier ou des jeunes filles ne conservant que deux qualités: le charme de leur beauté et le goût de leur amour.
Chasselle: Ah, non !
Cépi: C’est plutôt comme de bons crus. Et avec cette magie, nous sommes bien loin de l’encaveur Giroud, de sa smala de détectives ou de sa coterie d’Ecône… euh, d’écônomistes !
Chasselle: Oui, mon homme a raison. Il s’agit de la réalité, de l’essence-même de la féminité, de l’érotisme. Donne-nous un exemple Louis !
Louis: Je ne sais pas, mais si je pouvais, je prendrais volontiers chez une belle femme, son être spirituel. Puis je le décanterais, le doserais, le dodinerais, le filtrerais et enfin le cristalliserais pour arriver à son essence éternelle.
Alexia: Tu ferais de chaque femme une pierre précieuse ou un millésime de grâce !
Luther: A vous entendre, la pierre précieuse d’Alexia, vous la sertiriez de tous vos désirs, vous vous en imprégneriez jusqu’à l’essence… et le vin, bien évidemment, descendrait en pantalon de velours dans vos gosiers !
Jules: Pas seulement ! Les yeux ne suffisent pas à l’amour, il y faut la soif de la chair féminine, l’ivresse de vivre pleinement l’étreinte. Et quant au vin, nous le savons tous, sans l’ivresse, il n’est que dégustation. Il arrive d’ailleurs même qu’on le crache !
Luther: Comme dit le Cantique des cantiques…
Tous: …tique-tique-tique…
Ambiance bleue.
Voix off féminine « Embrasse-moi, Embrasse-moi donc ! Ton amour m’enivre plus que le vin ».
Lumière.
Louis: Bravo Luther ! Une belle parole, qui donne à l’anatomie de l’ivresse, si j’ose dire, toute sa pertinence. En somme, les racines de toute ivresse se nourrissent bien de l’amour.
Chasselle: C’est pour toi Louis la Goutte, une bonne manière de montrer que ton inspiration suprême baigne dans l’amour.
Louis: Précisément, tout en étant au clair quant au lien entre vin et divin, ses égéries sont mes inspiratrices ! Jules En fait, les bouteilles et les femmes sont tes égéries, mais où est ta femme ? Louis Je n’ai peut-être pas de femme instituée car je suis de mon temps. J’ai par contre des oeuvres, il en montre une ou deux et s’arrête sur un nu n’est-ce pas Jules ! Toi, à part les vins de queue !
Jules: Ah, un vin qui fait la queue… de paon, qui déploie en bouche toutes ses saveurs, un vin qui fait la roue… Louis se met au piano pour chanter.

Tous Chanson: 3 versets des joyeux enfants de la Bourgogne.

Au sein d’une vigne J’ai reçu le jour Ma mère était digne De tout mon amour De puis ma naissance Elle m’a nourri Par reconnaissance Mon coeur la chérit Toujours la bouteille A côté de moi Buvant sous ma treille Plus heureux qu’un roi Jamais je n’embrouille Car chaque matin Je me débarbouille Dans un verre de vin Puisque tout succombe Un jour je mourrai Jusque dans la tombe Toujours je boirai Je veux qu’dans la bière Où sera mon corps On y mette un verre Rempli jusqu’au bord

Chasselle: Si nous revenions à notre thème ! Je rappelais au début de notre soirée le lien intime entre le vin et la femme, avec toutes les métaphores qui peuvent s’y rapporter. Aussi bien pour le vin, qui n’aime pas la ligne droite, que pour la femme, qui adore l’éclat de la verticalité !
Louis: Et bien bravo, c’est une belle première.
Cépi: Je me rappelle aussi sa couleur vive, sa sève puissante, son bouquet ténébreux, bref un vrai vin qui a de la cuisse… son corps moelleux en fait vraiment… un vin splendide et personnel.
Louis: Ah ! Comme c’est beau tout ça. Mes amis, cherchons donc tous quelques vers pour honorer le vignoble et les femmes.

Commence, Jules Braguette !
Jules cherchant l’inspiration: Un chasselas sur mon palais
Me rappelle chez ma belle De Nicolet, le bouquet
Tous applaudissent
Louis: A toi Cépi Dionis !
Cépi cherchant l’inspiration: Un Pinot noir sur mes lèvres
me rappelle chez ma belle
le beau travail d’un orfèvre
Tous applaudissent
Louis: Et toi, le pasteur ?
Luther cherchant l’inspiration: Un trois plants pour mes sens
me rappelle chez ma belle
de Brunner, l’effervescence
Tous applaudissent
Louis: Encore, Jules !
Jules cherchant l’inspiration: Un non filtré sous le képi
me rappelle chez ma belle
que le vin nous réjouit
Tous applaudissent
Louis: Encore, Cépi !
Cépi cherchant l’inspiration: Un OEil de perdrix dans mes troubles
me rappelle chez ma belle
que l’on voit parfois double
Tous applaudissent
Louis: Encore, le ministre !
Luther cherchant l’inspiration: Un Garanoir bien de chez nous
me rappelle chez ma belle
de l’Abbaye le bon goût.
Tous applaudissent
Jules ayant trouvé l’inspiration: Un Chardonnay sur la langue
me rappelle chez ma belle
un petit goût de mangue
Tous applaudissent
Louis: Encore de l’inspiration, Cépi ?
Cépi cherchant l’inspiration: Un Pinot gris gouleyant
me rappelle chez ma belle
d’un vrai cru l’enchantement
Tous applaudissent
Luther ayant trouvé l’inspiration: Un Doral à l’apéro
me rappelle chez ma belle
la passion des parpaillots
Tous applaudissent
Louis: Tu es déchaîné, le pasteur ! Un dernier, Jules !
Jules cherchant l’inspiration: Un Gamaret sur la table
me rappelle chez ma belle
qu’il faut savoir être sociable
Tous applaudissent
Louis: Un dernier, Dionis !
Cépi cherchant l’inspiration: Un Galotta dans la vigne
me rappelle chez ma belle
que de nous tous il est digne.
Tous applaudissent Louis se met au piano pour chanter Tous Chanson:

Chevaliers de la Table Ronde
Chevaliers de la table ronde, Goûtons voir si le vin est bon,
Chevaliers de la table ronde, Goûtons voir si le vin est bon.
Goûtons voir, oui, oui, oui, Goûtons voir, non, non, non, Goûtons voir si le vin est bon.
Goûtons voir, oui, oui, oui, Goûtons voir, non, non, non, Goûtons voir si le vin est bon.
J’en boirai cinq à six bouteilles, Une femme sur mes genoux.
J’en boirai cinq à six bouteilles, Une femme sur mes genoux. Une femme, oui, oui, oui, Une femme, non, non, non, Une femme sur mes genoux.
Une femme, oui, oui, oui, Une femme, non, non, non, Une femme sur mes genoux.
Si je meurs, je veux qu’on m’enterre Dans une cave où y a du bon vin.
Si je meurs, je veux qu’on m’enterre Dans une cave où y a du bon vin. Dans une cave, oui, oui,
Dans une cave, non, non, non,
Dans une cave où y a du bon vin.
Dans une cave, oui, oui, oui,
Dans une cave, non, non, non,
Dans une cave où y a du bon vin.
Sur ma tombe, je veux qu’on inscrive Ici gît le roi des buveurs.
Sur ma tombe, je veux qu’on inscrive Ici gît le roi des buveurs. Ici gît, oui, oui, oui,
Ici gît, non, non, non,
Ici gît le roi des buveurs.
Ici gît, oui, oui, oui,
Ici gît, non, non, non,
Ici gît le roi des buveurs.
La morale de cette histoire, Est qu’il faut boire avant de mourir.
La morale de cette histoire, Est qu’il faut boire avant de mourir. Est qu’il faut, oui, oui, oui,
Est qu’il faut, non, non, non,
Qu’il faut boire avant de mourir.
Est qu’il faut, oui, oui, oui,
Est qu’il faut, non, non, non,
Qu’il faut boire avant de mourir.

Noir. Salutations.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *