Biviades au château, la pièce

Personnages:
le Héraut: H
le Fou du Roi: F, avec sa guitare
Les deux scènes se déroulent dans la cour du Château, du côté de la Route cantonale.
Certaines scènes se terminent par un intermède chanté, repris de vieilles chansons de France

Scène 1: au sujet des de Chambrier
H (s’adressant aux spectateurs): Mes reines, mes sires, mes jouvencelles, mes jouvenceaux ! Soyez les bienvenus chez les de Chambrier, mais avant de faire leur connaissance, oyez quelque peu leur histoire !
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Dame, c’est la moindre de choses de s’être renseigné pour savoir où on met les chausses !
H: Cesse de m’interrompre, pauvre drôle, ces nobles gens ne sont pas venus pour recevoir tes leçons de morale !
F (interrompant H): Noble, noble, tu en as de bonnes ! J’en connais certains qui ne sont pas plus nobles que les Chambrier d’antan.
H: Mais tais-toi donc, tu m’empêches d’instruire nos hôtes ! (s’adressant aux spectateurs) Sachez donc, heureux passionnés de Bevaix et de Navarre, que les ancêtres des de Chambrier apparaissent à Neuchâtel sous le nom de Girardin, originaires de Franche-Comté: nous sommes autour des 1430…
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Je vous le fais à 1432, ça vous va, de toute façon, pour des vide-pots de chambre, on va pas faire dans la dentelle.
H: Va donc au diable, ignorant ! Etre un valet de chambre, donc un « chambrier », supposait qu’on soit, à cette époque, irréprochable, à l’instar d’un valet d’arme. Les nobles devaient avoir une confiance sans faille en leurs valets de chambre. Tu veux une preuve ? Et bien 20 ans plus tard, les valets de chambre demanderont à leurs seigneurs et maîtres de les appeler… comme ça ! Et oui, la fonction l’emportera sur le nom originel, les Girardin deviendront Chambrier.
F (interrompant H): Je pourrais donc m’appeler Guitariste ! Bonjour M. Guitariste, je vous fais le plein, M. Guitariste…
H (interrompant F): Cesse, musicien de pacotille et suis-moi, comme me suivent les gens intelligents que j’ai en face de moi ! (s’adressant aux
spectateurs) Or donc, lorsque après la mort de Guillaume d’Orange, survenue en 1702, Frédéric 1er, Roi de Prusse, fit valoir ses droits à la succession de Neuchâtel, Emer de Montmollin, noble Pierre Chambrier…
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Qui n’était pas encore un de-du-de, mais attendez, ça va venir !
H (interrompant F): Ce qui va venir, c’est un grand coup de guitare sur la tête et j’en aurais fini. (s’adressant aux spectateurs) Je disais donc que Noble Pierre Chambrier, conseiller d’Etat et trésorier général, et Noble Jonas Hory…
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Ce n’était pas le frère de Gisèle, d’ailleurs, Hory s’orthographiait avec un H, comme le Haut !
H: Qui donc le fera taire ? (s’adressant aux spectateurs) Je reprends: Emer de Montmollin, Noble Pierre Chambrier et Noble Jonas Hory, châtelain de Boudry, s’attachèrent tous trois au monarque prussien et travaillèrent de tout leur pouvoir à faire valoir ses droits. C’est d’ailleurs à Bevaix, en janvier 1704, que les chefs de ce parti, qui ne pouvaient agir qu’en secret car la duchesse de Nemours vivait encore, se réunirent pour arrêter le plan qui devait conférer la souveraineté au Roi de Prusse. On complote, on complote, parce que Marie de Nemours n’a pas de descendant et, pire encore, Marie de Nemours est une monarque catholique !
F (s’adressant aux spectateurs): Vous suivez ? Parce que moi, je suis perdu…
H: Pauvre sot ! (s’adressant aux spectateurs) C’est donc le Roi de Prusse, Frédéric 1er, qui confirme la noblesse des « Chambrier » en signe de reconnaissance. Les Chambrier, qui, soit-dit en passant, étaient déjà devenus les Le Chambrier, et qui deviennent par la suite les de Chambrier dès 1709. Notez, mes braves, que leur grandeur ne s’arrêtera pas là, puisque 30 ans plus tard, les de Chambrier seront élevés par Frédéric-Guillaume III à la baronnie héréditaire.
F: Ils le sont donc toujours alors ? (s’adressant aux spectateurs) Tout à l’heure, n’omettez pas de leur donner du titre aux proprios !
H: Il n’existe aucune fonction de la Ville ou de l’Etat qui n’ait pas été occupée par un membre de cette famille, dont le destin est indissociable de la vie neuchâteloise. Du début du XVIe s. à la fin de l’Ancien Régime, les Chambrier puis les de Chambrier siègent en permanence au Conseil d’Etat et dans le corps de la magistrature. C’est aussi la seule famille neuchâteloise à avoir fourni un gouverneur à la Principauté, cette charge étant généralement assumée par un étranger. C’est Jean-Pierre, Baron de Chambrier d’Oleyres…
F (interrompant H): …1753-1822…
H: Tiens, tu sais donc quelque chose ? (s’adressant aux spectateurs) C’est donc le Baron de Chambrier d’Oleyres qui fut ce gouverneur de la principauté prussienne de Neuchâtel et de Valangin. Historien à ses heures, il a présenté devant l’Académie royale des sciences et belles lettres de Berlin deux mémoires en français, l’un sur le grand dessein d’Henri IV, roi de France, l’autre sur Casimir, margrave de Brandebourg-Bayreuth.
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Quand il aura fini d’étaler sa science ! Mesdames, Messieurs, je vous suggère une pause musicale, j’ai grand besoin de reposer mon esprit !
Intermède musical:
Mi
Le roi a fait battre tambour (bis)

Pour voir toutes ces dames
Si7 Mi
Et la première qu’il a vue
Ré Mi
Lui a ravi son âme
Marquis dis-moi la connais-tu (bis)
Qui est cette jolie dame
Le marquis lui a répondu
C’est Alice c’est ma femme
Marquis tu es plus heureux qu’moi (bis)
D’avoir femme si belle
Si tu voulais me l’accorder
Je me chargerais d’elle
Sire si vous n’étiez pas le Roi (bis)
J’en tirerais vengeance
Mais puisque vous êtes le Roi
A votre obéissance
Marquis ne te fâche donc pas (bis)
Tu auras ta récompense
Je te ferai dans mes armées
Beau Maréchal de France
Adieu ma mie, adieu mon coeur (bis)
Adieu mon espérance
Puisqu’il te faut servir le Roi
Séparons-nous d’ensemble
La Reine a fait faire un bouquet (bis)
De jolies fleurs de lys
Mais la senteur de ce bouquet
A fait mourir Alice
Scène 2: au sujet du Château
H (s’adressant aux spectateurs): Mes reines, mes sires, mes jouvencelles, mes jouvenceaux ! Approchez et esbaudissez-vous de ce bâtiment exemplaire, de cette noble bâtisse, de ce château somptueux…
F (interrompant H, s’adressant aux spectateurs): Tss, tss, tss: sous ses frusques, ses chevilles enflent, Mesdames, Messieurs, il ne s’agit pas là d’un château, poil au dos, mais d’une modeste campagne, et oui, de ce nom-ci, on désignait les baraques des ceusses qui avaient assez de serfs pour les pourvoir, donc assez de blé pour se construire une résidence secondaire… et attention, encore quelques campagnes, et Franz Weber sévira dans le coin…
H (s’adressant aux spectateurs): Gentes dames, gentes sieurs…
F (interrompant H): …de long, sieurs de long, ha, ha, ha !
H (s’adressant aux spectateurs): Faudra-t-il que nous souffrions de ce nigaud encore longtemps ? Voyez vous-même, avons-nous sur nos chalets un fronton de telle allure ? Entre deux cornes d’abondance, deux lions présentent les armoiries des familles Chambrier d’une part, et Jeanjaquet d’autre part. La première, celle des Chambrier, est figurée par deux chevrons croisés et un écu, comme une sorte de règle et dont la largeur est égale au tiers de celle de l’écu. La seconde, celle des Jeanjaquet, est figurée par une aigle – féminin en héraldique – et deux étoiles.
F (s’adressant aux spectateurs): Quelle érudition, il est allé, ma foi, pêcher son savoir sur Wikipédia ! Moi, je sais que cette campagne est une campagne, et que son propriétaire était l’Emer, non pas le maire de Bevaix, ni la mère commune, mais Emer… de Montmollin et comme Emer est mort en 1713, ce professeur-là (désignant H du doigt) vous fourgue des bêtises.
H (s’adressant aux spectateurs): Fi le coquin et le sot ! La date de la construction du château est inscrite au fronton ! Lisez, voyez, oyez, 1722… Ceci dit, ce guignol et moi avons raison tous les deux: Noble Pierre Jeanjaquet, venant du Val-de-Travers a acquis la propriété de l’hoirie Emer de Montmollin en 1714, selon l’acte du notaire Bonvespré. Il faut dire que Noble Pierre Jeanjaquet, dont le père avait fait sa fortune comme ingénieur, était très estimé. C’est d’ailleurs lui, Pierre Jeanjaquet qui a restauré sous les ordres de Vauban le port de La Rochelle. Il fut membre du Grand Conseil de Neuchâtel et entreprit un remaniement de la campagne, – laissons à ce manant son appellation, de la propriété en ces termes – remaniement que la mort l’empêcha d’achever. Sa soeur, Ester, mariée à Frédéric Chambrier, Banneret de la Ville de Neuchâtel, acheva l’oeuvre commencée par son frère.
F (s’adressant aux spectateurs): Je suis donc d’accord avec ce prétentieux, dommage: le domaine ne comprenait à l’époque où ce brave Pierre Jeanjaquet reconstruisit, qu’une grande maison, avec grange et écurie, une cour avec fontaine, jardin et verger, dixit Maître Bonvespré.
H: Tête de pioche, oui, au départ, ce n’était pas Versailles, mais à l’arrivée, dès 1722, on venait de loin, aux fêtes données au salon d’été, (s’adressant aux spectateurs) que vous verrez, Mes reines, mes sires, mes jouvencelles, mes jouvenceaux. Vous y découvrirez les peintures sur jute qui vous font rêver de
contrées idylliques où flânent les amoureux, où s’égaillent les enfants, où se nouent des intrigues… Et cette magnifique résidence, vouée aux plaisirs, est restée aux mains des Chambrier, puis des de Chambrier, qui l’aimèrent et l’adulent encore. Par exemple, à partir de 1853, Alexandre de Chambrier augmenta considérablement le domaine, en acquérant de nombreuses parcelles jusqu’au Chemin Alfred-Borel, qui surplombe le Moulin. Il opéra ainsi en échangeant de multiples terrains un remaniement parcellaire avant l’heure. Il acheta même des marais, qu’il draina et convertit en prés et terres labourables. Il y éleva une ferme, appelée Ferme du Bataillard, en raison du fameux poirier qui se trouvait dans la propriété.
F: Et quel est le rapport entre un poirier et un bataillard, gros malin ?
H (s’adressant aux spectateurs): Tout le monde sait que c’est sous ce poirier que campa l’arrière-garde des Suisses lors de la Bataille de Grandson !
F (s’adressant aux spectateurs): C’est fou tout ce que sait ce héraut ! Encore
quelques instants, et la résidence sera à vous, bonne gens, vous la traverserez, vous l’admirerez et vous irez festoyez en son jardin enchanteur, belle et bonne visite, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et oui, en ce temps-là, il y avait encore des demoiselles… Chantons-les !
Intermède musical:
Sol
Mélodie 1 (M1) Aux marches du Château
Do
Aux marches du Château
Mi Ré
Y’a une tant belle fille long-là
Sol
Y’a une tant belle fille
(M1) Elle a tant d’amoureux (bis)
Qu’elle ne sait lequel prendre long-là
Qu’elle ne sait lequel prendre
(M1) C’est un p’tit cordonnier (bis)
Qu’a z’eu sa préférence long-là
Qu’a z’eu sa préférence
Sol
Mélodie 2 (M2) La belle si tu voulais (bis)
Do Ré Do Mi
La belle si tu voulais-ais-ais
Mi Ré
Nous dormirions ensemble long-là
Sol
Nous dormirions ensemble
(M2) Dans un grand lit carré (bis)
Orné de taies blanches long-là
Orné de taies blanches
(M2) Et nous y dormirions (bis)
Jusqu’à la fin du monde long-là
Jusqu’à la fin du monde

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