Parcours Divico

Ribaux – Il y a cent ans… Divico
8 septembre 2008

1. L’introduction
Lieu : Devant le Temple
Acteur 2 : [Accueillant le public:]
L’ambition, l’espionnage, l’amour, la trahison, la guerre, la vengeance, l’honneur,…Nous allons vous parler d’un livre passionnant, magnifique, qui contient tous les ingrédients du rêve et de l’émotion… un livre écrit par un écrivain bevaisan. Une pièce de théâtre. L’auteur, c’est Adolphe Ribaux ; la pièce de théâtre, c’est Divico.
Nous allons découvrir cette pièce au cours d’une promenade dans Bevaix. A chaque étape, ce sera l’occasion de découvrir aussi la richesse de certains bâtiments de notre village : des faits historiques surprenants, des passés étonnants, des anecdotes étranges !
C’est par exemple un bonheur de vous accueillir devant ce porche millénaire : 1605, un temple réformé est né, le prieur Livron est sur la sellette. 1766, le cimetière accueille ses premiers clients…
Acteur 1 : [Sortant tout soudain la tête depuis la fenêtre du premier étage du clocher – sur un mot convenu de Acteur 2 :]
Hé ! On n’est pas ici pour parler du Temple ou du cimetière. C’est de moi qu’il est question aujourd’hui ! Moi, Adolphe Ribaux. J’aimerais vous parler un peu de moi, diantre ! Amis du public, venez m’écouter, venez découvrir mon Divico, déplacez-vous vers la boulangerie ! Allons, allons, sortons de ce cimetière ! Mon Divico se plaira mieux près d’une taverne !
[Acteur 1 ferme la fenêtre. Acteur 2 attire le public au bas de l’escalier du coiffeur. Acteur 1 rejoindra la « scène » discrètement, de manière à surprendre le public].
2. La présentation
Devant les escaliers du coiffeur de l’Auberge de Commune – façade nord
Acteur 2 :[Depuis le perron, au haut des escaliers. Sur le perron : effigie de Divico].
Parcours Adolphe Ribaux – Il y a cent ans… Divico 2
Il donne des bribes biographiques sur Adolphe Ribaux, en parlant de la Rue Adolphe Ribaux. Littérature populaire.
Parmi les quelque septante oeuvres d’Adolphe Ribaux, nous évoquerons une pièce de théâtre, Divico, une pièce écrite en 1908. Mais laissons la parole à Adolphe Ribaux lui-même.
[Acteur 2 file devant la Maison de Commune].
Acteur 1 : [Il vient de dessous le portique de l’église, derrière le public, et grimpe sur la fontaine aux cinq goulots].
En 1908, il y a de cela 100 ans exactement, on a joué cette pièce à Bevaix. Ces Messieurs des Biviades n’ont point oublié cet événement… et mon oeuvre: vous m’en voyez comme une absinthe, tout troublé !… Il y a 100 ans, j’étais l’auteur à succès de Bevaix et de toute la région. C’est donc à moi que la population et les autorités locales, ces Messieurs du Conseil, ont demandé d’honorer la mémoire de nos ancêtres. Et attention: cette pièce mobilisait 200 figurants ! Quasi tout le village. Immense affaire, mise sur pied avec le concours de Mme Albert Zutter, première dame de Bevaix et grande musicienne, M. Gilardi, directeur de la Philharmonique italienne de Lyon, M. Alexis Zutter, professeur des collèges d’Athènes, et M. Paul Brunnet, professeur d’art dramatique de Genève. J’ai écrit en prose, ce drame inoubliable en cinq actes. Mais qu’entends-je? Certains ne connaîtraient pas Divico, le Chef des Helvètes, le Sauveur de la patrie, l’emblème du résistant, le Guillaume Tell de l’époque des invasions romaines ! Et le guide spirituel de Divico, ce sera une jeune femme : Helvia – Helvia, femme que Divico aimera, et qui symbolise… qui symbolise… [il incite le public à deviner et à dire :] Yes ! l’Helvétie ! Et en face… il y a César !…
[Acteur 1 part en direction du château, faisant comprendre au public qu’il faut le suivre jusque devant Acteur 2, lui-même devant la Maison de commune].
3. L’ambition
Vers la Maison de Commune, côté sud.
Acteur 2 :
Nous sommes en l’année 107 avant Jésus-Christ. Année d’une grande ambition. A cette époque, la Suisse s’appelle Helvétie. Ses maîtres en sont des druidesses et des druides, puissants prêtres qui vont, une fois l’an, cueillir le gui sur les chênes, et qui pratiquent le culte de Teutatès.
Actrice : [Emergeant de la cabine téléphonique :] Par Toutatis ! [Assurée d’avoir capté l’attention du public :] Par Toutatis, c’est bien vrai ! [Elle s’en va vers le mur].
Acteur 2 :
A cette époque, le maître du monde s’appelle Rome. Et le maître de Rome s’appelle… César. Enfin, Adolphe Ribaux a décidé de l’appeler César. Ça impressionne plus d’appeler le grand maître « César ». Mais les connaisseurs parmi vous savent bien que le maître de Rome était, à cette époque, Marius.
Parcours Adolphe Ribaux – Il y a cent ans… Divico 3
C’est vrai que ça paie moins de dire : [Accent marseillais :] C’est Marius, peuchère, qui mène la barque à Rome ! [Ton normal :] Disons donc, avec Adolphe Ribaux, que… César gouverne en 107 avant J.-C. Aucun peuple, aucun continent ne résistent à César – car « César a le bras long » : « Il a conquis l’Asie… écrasé la Grèce… maintenant la Gaule le gêne !… » Or, la porte de la Gaule, c’est l’Helvétie… L’ambitieux César prépare donc la guerre. Mais s’attaquer aux Helvètes… terrible défi ! César pourra-t-il vaincre l’Helvétie ? Par Toutatis, tremblons, Helvètes, car le Ciel pourrait bien nous tomber sur la tête ! [Au public :] Oh ! là… Je vous vois tout tremblants, en effet ! Suivez-moi ! Suivez-moi : nous allons en savoir plus là-bas. Suivez-moi : nous allons savoir si César pourra vaincre l’Helvétie !!! [Il entraîne le public].
Sur un mur
Actrice :
Rome pourra-t-elle vaincre l’Helvétie ? César est puissant. Il a avec lui l’efficacité des armes. Les Helvètes, eux, sont forts. Ils ont avec eux des valeurs spirituelles. Ce sera le combat du légionnaire contre le druide… L’imbattable affrontera l’invincible ! Mais, Divico ignore encore tout de ce projet de César. Pour le moment, il parle sereinement avec un ami, presque un confident, un certain Hélicon, originaire de Grèce. Dans la pièce de 1908, le rôle de Divico était tenu par Arthur Straubhaar ; Hélicon, c’était Jean Walther.
[Actrice part en dernier, et va au Petit Matou].
4. L’ambition – la trahison de César
Cour du Château
[Acteur 2 attire et accueille le public à l’entrée de la cour du château. Il le dirige vers la fenêtre. Dans la cour, on voit l’effigie de Myrrha, que Acteur 1 a mise en place].
Acteur 1 [Intervient depuis une fenêtre du château:] Un complot !… Un complot !… Trahison !… Trahison !… Tra-hi-son !… Tra-hi-son !… Tra-hi-son !…
Acteur 2 :
Un complot ? – Divico serait-il en péril ? Un complot ! Allons aux nouvelles !
Acteur 1 : [Quand le public est arrivé :] Trahison !… Trahison !… Les Romains l’ont compris : on peut battre la crème, on peut battre Xamax, mais on ne peut pas battre les Helvètes ! Alors, les Romains mettent au point une stratégie dégoûtante, et cette stratégie a un nom, et ce nom, c’est… Hélicon. Oui, Hélicon, ce Grec qui a toute la confiance de Divico, c’est en fait un ami des Romains au service de César !… Un traître, un espion. Trahison !… Trahison !… Hélicon ! Un espion ! [Répéter en rythme]. Qui l’aurait soupçonné ?! Lui, un Romain ! Infiltré chez les Helvètes !… Vraiment, ce n’est pas propre. [Changeant de ton :] Hélicon offre à Divico une petite statue qui représente une femme superbe. [Ton tout miel :] Ca n’a l’air de rien, mais l’idée est redoutable. Car Divico l’admire, cette statue ! [Montrer la statue :] Il voudrait en connaître le sculpteur et surtout le modèle: il apprend qu’il se nomme
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Myrrha… Myrrha… femme superbe… Et Divico adMyrrha Myrrha… et craqua : « Qu’elle vienne ! » comme c’est écrit dans le livre, à la page 9.
[Acteur 1 ferme la fenêtre, tandis que Acteur 2 attire le public en est, vers la fontaine, Acteur 1 sort discrètement du château, prend l’effigie de Myrrha et la cache, du mauvais côté contre la tour de la fontaine, et va au Petit Matou, dont il ferme le portail – lui-même étant à l’intérieur de la cour où se trouve Actrice].
Acteur 2 :
Un complot !… Un complot !…
[Acteur 2 narre le complot de 1702, ourdi dans le château, en vue de l’octroi de la souveraineté sur la principauté de Neuchâtel au roi de Prusse. Extraordinaire complot ! Puis parle de la figure d’Emer de Montmollin, Conseiller d’Etat, partisan farouche du roi de Prusse, et premier habitant connu du château.]
5. La résistance
Collège Petit-Matou
[Le public se masse devant le portail, fermé. Bruit tragique à l’intérieur, dans la cour. Le portail s’ouvre, comme par magie : c’est, en fait, Acteur 1 qui l’ouvre].
Acteurs et actrice :
Trahison !… Trahison !…
Actrice : [Sous le préau – le public étant dans la cour, dos au lac.
« Une armée romaine campe dans la plaine du Pô, et s’apprête à escalader les Alpes ! » Qu’est ceci ? Mais César a donc choisi la guerre ! Il lance sa conquête de l’Helvétie ! [Ironique :] Ha ! ha !… Etre envahis par des Chtaubirnes – à la rigueur. Par des vins valaisans – grave, mais on peut s’y faire ! Mais alors, être envahis par César ! Ah ! ça, non. C’est trop. Pas de légionnaires ici ! Nous les Helvètes, on veut tout simplement être libres… faire une petite Europe rien qu’à nous, avec nos cantons, et boire notre coup de blanc tranquilles à l’heure de l’apéro. César ! Non mais des fois ! Déjà qu’il a écrasé la Grèce, puis l’Asie, faudrait encore qu’il vienne écraser les panards neuchâtelois ?… Il fiche la guerre partout, – qu’il nous fiche voir la paix !! C’est vrai, quoi !… Allez, mon Divico, prépare un plan de défense du pays, pour régler son compte à César. Et un bon caquelon de fondue : nos bras noueux d’Helvètes auront besoin de cette potion magique !
[Acteur 1 parle sous le porche du portail, dos au lac, forçant ainsi le public à se tourner].
Acteur 1 :
Et illico, Divico se met à la tâche : illico et sur-le-champ (car rien n’était goudronné à l’époque), il fait jaillir de son prodigieux cerveau un fabuleux plan de défense – un plan ultrasecret. [Au public :] Ce plan secret, vous aimeriez le connaître ? Oui ? – Bin non, car c’est un plan « secret » !…
Parcours Adolphe Ribaux – Il y a cent ans… Divico 5
Faut bien le dire, Divico, il est balaise : c’est le chef ! Il a tout de suite compris la manigance pas vraiment jolie jolie de César. Il a dit : « Une armée romaine !… Mais quelqu’un aurait-il enseigné au loup le chemin de l’étable ? Une armée romaine ! Si près de nous. Il ne s’agit plus de conquête, à présent, il s’agit de défensive !… ». Suisse avant la lettre qu’il est, notre Divico, on est neutre, mais on sait se défendre ! Alors, avec une mine solennelle et terrifiante, il a posé sa fourchette dans le caquelon, il a renoncé au coup du milieu, et il a lâché une phrase historique. Car, comme César, il sait lâcher des mots historiques ! César a bien dit: « Je vais venir, je vais voir, je vais vaincre ! » Et bien Divico, ça n’a pas fait long, il a proféré cette sentence qui mérite de rester dans les annales : « Eh ! vieux Jules, faudrait pas prendre l’Helvétie pour une lanterne ! ». Et toc !… Ah ! Divico, ce n’est pas la moitié d’un Hélicon ! Et justement, venons-en à Hélicon – le traître. Lui, il reçoit une mission terrible : Ce plan… ce plan secret… Il le faut. A tout prix !… A tout prix !… Or, Divico le garde … secret…ce qui paraît assez normal, pour un « plan secret ». Il a décidé de ne le révéler qu’à la fin de la pièce, lors du Conseil des druides. Mais Hélicon est du genre fute-fute ! Il va trouver une astuce pour mettre le fameux plan secret dans sa poche : avec ça, il en est sûr, César le remerciera en lui donnant un bon poste à Rome… Fute-fute, je vous dis. Par Jupiter, une idée germe en Hélicon… une idée machiavélique : il va monter un complot complet qui va dévoyer Divico. Avec une idée comme ça, aussi subtile, Hélicon ressemble à une prison… Il a des cellules grises !
Acteur 2 : [Attire le public sous le porche du portail, sur le perron extérieur. PHB se place au pied de la rampe d’accès au Petit-Matou :] Bon, on doit à la vérité littéraire de préciser qu’Adolphe Ribaux n’a pas utilisé exactement les mêmes expressions que ce que vous venez d’entendre. La fourchette à fondue était peu utilisée sous le règne de César… Mais l’histoire que vous avez entendue est exactement celle qu’Adolphe Ribaux a racontée.
Acteur 1 part se cacher plus loin que la fontaine, derrière l’angle de la cave Nicolet ; au passage, il met en place l’effigie de Myrrha, entreposée derrière la fontaine.
Actrice donne un rappel de la pièce de théâtre de 1908, pour laquelle tout le village est mobilisé ; une superproduction se déroulant dans les champs, devant le château.
Acteur 2 [Fait l’historique du Portail du Collège], puis dit : Ce complot réussira-t-il ? Divico tombera-t-il dans le piège ? – Allons découvrir ce très beau passage de la pièce de théâtre de notre barde bevaisan, Adolphe Ribaux.
6. Le complot contre Divico
La fontaine
Acteur 2 : [Debout sur la fontaine. A ses côtés, l’effigie de Myrrha :]
On s’en souvient, Divico a reçu une belle statue : celle de Myrrha. Ensuite, il a reçu un sacré coup de massue : celui de César. La guerre est à la porte. Mais Hélicon l’espion doit encore obtenir le fameux plan secret. Il va faire pire que
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César. Il trouve une arme plus terrible et plus déloyale ! Une arme plus redoutable qu’un espion ? – Alors, ce ne peut être qu’une femme ! Eh ! oui. Et cette femme a un nom ; ce nom, c’est… Myrrha. Femme superbe, femme fatale… Femme purement femme !… [Ici, Actrice, émergeant de derrière la maison, se substitue gentiment à la statue]. Là, Divico, il craque. Il disait : « Qu’elle vienne ! » Elle est venue ! On va livrer une guerre : lui, il se livre à l’amour. On a beau être Helvète, on n’en est pas moins esthète.
[Actrice retourne l’effigie de Myrrha contre la colonne de la fontaine, et va se cacher sur l’escalier en pierre, à droite, avant la maison Nicolet,].
Chose à noter : Divico ignore tout de ce complot ; et Myrrha ignore tout autant son rôle… Elle, elle aime un autre homme ; après trois ans d’absence, elle le retrouve soudain, là, devant elle, en Helvétie. Cet homme, c’est… c’est… c’est Hélicon l’espion !!! Venez : allons écouter la magnifique déclaration d’amour de Myrrha. Hélicon s’étonne qu’elle pense encore à lui.
[Acteur 2 invite le public à le suivre. Dès que Actrice parle, il revient sur ses pas et se rend vers la maison Galamel (pharmacie). Il prend avec lui l’effigie de Myrrha, laissée vers la fontaine].
Actrice : [Lorsque les premiers du public sont arrivés à sa hauteur, Pascale finit de monter les escaliers en pierre, lentement ; arrivée en haut, elle se tourne vers le public et lit:]
« Rien n’efface l’image du premier amour… j’étais presque une enfant encore, lorsque, sous les platanes de Corinthe, un soir de fête, je te rencontrai au bord de la mer. Quelque chose frémit dans mon sein. Je sentis que le bonheur ou le malheur venait d’entrer dans ma vie. Tu me parlas ; tes paroles me furent douces comme le miel… je revins à la même place et je t’y retrouvai… tu me dis que j’étais belle, et je fus fière de mon visage… Ton premier baiser me prit au filet comme une oiselle éblouie ! […]. Puis vinrent les mauvais jours… où notre pauvre Grèce fut écrasée, où les cohortes de César campèrent sur la colline du Parthénon !… Nous nous retrouvâmes à Rome… […]. Moi, j’étais esclave ! […]. Mais j’oubliai ma honte en te revoyant… toujours jeune, toujours beau, toujours rayonnant de génie !… Et tu ne me méprisas pas ! […]. Oh ! rappelle-toi encore !… Je m’échappais la nuit pour aller t’attendre dans un petit bois de lauriers, près du Tibre… Tu habitais de l’autre côté du fleuve et venais en barque me rejoindre… Chaque coup de rame faisait bondir mon coeur… Si tu tardais, je maudissais l’heure aux pieds lents… Tu arrivais enfin… Je m’asseyais auprès de toi, sur l’herbe fleurie d’anémones rouges… La lune montait derrière le Capitole, baignant de nacre les troncs luisants et les feuilles lustrées des lauriers éternels… Le murmure des fontaines résonnait dans la nuit calme comme une musique de flûtes… Je posais mon front sur ton épaule, à la même place que maintenant… Et parfois je souhaitais de mourir ainsi… d’une mort tranquille et délicieuse… bercée entre tes bras… Puis un soir tu ne vins pas… ni le lendemain… ni plus jamais… Je restai longtemps sans rien savoir… Et ce fut par Cassius lui-même, dans un banquet qu’il offrait à ses amis […], que j’appris ta disgrâce et ta fuite… Mais où étais-tu ? Pas un message pendant trois longues années… Je te croyais mort… lorsqu’un jour, à propos de cette guerre qui se préparait, j’entendis l’éloge des services que tu rendais à Rome chez ces barbares… Mais nous n’en étions pas moins séparés… et lorsque Cassius fut chargé du
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commandement de cette campagne, je n’osais croire que la fortune me ferait te rencontrer encore… ».
Après un bref instant, Acteur 1 émerge soudain, se met debout sur son trabichet, et attire le public vers lui. Après le départ du public, Actrice part sous le cèdre du jardin communal où elle se cache. Elle réapparaîtra dans le personnage d’Helvia.
Acteur 1 :
Déclaration d’amour splendide, profonde, émouvante… [Ton ironique :] Hélicon en a été touché, très touché ; voyez sa réponse: [Ton glacial :] Myrrha,… « il y a un homme en Helvétie, un homme qu’il faut conquérir… coûte que coûte ! […]. Par ton charme… par ta beauté… par la magie de tes caresses… […]. Cet homme possède un secret… dont dépend le résultat de la guerre… et que toi seule peut surprendre… Il a vu la statuette… il s’est enflammé pour toi… tu n’as qu’à paraître pour triompher ! » Tu devras lui inspirer une passion folle ! Te livrer à ses baisers… te donner à lui, si c’est nécessaire ! « Il y va du salut de Rome ! […]. ([Ton violent: ] Obéis ! [Ton doucereux] Si tu m’aimes ! ».
[Changeant de ton :].Hélicon, c’est au fond un grand sensible. Un romantique… Bon, l’affaire se terminera assez mal. Divico a failli succomber au charme de la belle Myrrha et livrer le plan secret de sa défense militaire. Quant à Myrrha, prise en flagrant délit de trahison, elle sera envoyée en vacances dans l’au-delà… Longues vacances !…
7. La guerre- La défaite romaine
Maison Galamel
Acteur 2 :
Guerre !… Guerre !… Les clairons romains sonnent ! Les trompes helvètes leur répondent ! La lutte est chaude. L’incendie est partout ! [Acteur 1 saisit l’effigie de Myrrha, qu’il avait cachée non loin, et file la placer au pied du balcon nord de la Maison de Commune. Il grimpe ensuite sur le mur situé entre la route et l’escalier de la Maison de Commune].
Acteur 1 :
Est-ce que la traîtrise d’Hélicon va réussir ?… Est-ce que le plan secret de Divico apportera la victoire aux Helvètes ? Courons, courons aux nouvelles ! [Il incite le public à se diriger au pied du balcon de la Maison communale, en mettant son casque, caché vers le container, et court sur le balcon].
Acteur 2 : [Debout sur le mur:]
« Les clairons romains faiblissent !… Non… ils redoublent !… C’est leur dernier appel… Signifiant le dernier effort des soldats… Et cette fois voilà nos troupes helvètes qui ont pris le dessus !… Les clairons s’éloignent… Oh ! quelle fuite désespérée !… Déroute ! Déroute !… Hélicon est prisonnier !… Il paiera cher sa vilenie !… Victoire ! Victoire ! » Mais voici un soldat romain : Parle ! Parle !
Acteur 1 : [Du haut du balcon].
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« Voici !… Quittant leur camp retranché de la vallée du Rhône, les Romains s’avançaient en ligne compacte, croyant rencontrer l’ennemi face à face… Mais votre chef avait mieux disposé ses troupes, et les Romains n’avaient pas fait 4 milles qu’un cercle invisible d’Helvètes les entourait formidablement… Tout à coup, prompts comme la foudre, les Helvètes fondent sur eux de toutes parts, en poussant des cris terribles, qu’accompagne le mugissement des trompes ! Aussitôt, le désordre règne dans l’armée de Cassius. En vain, lui et ses lieutenants, tentent de résister à cette brusque et fière attaque ; en vain, les légions cherchent à se reformer autour de leurs aigles frissonnants. L’espace et le temps leur manquent. Des forêts, des gorges, de nouveaux adversaires surgissent sans cesse, dont les échos des montagnes répercutent et grossissent les hurlements, qui jettent le désarroi et l’épouvante dans les escadrons romains. Pressés sur le sol mobile des marécages, sans pouvoir ni avancer, ni reculer, ceux-ci combattent avec leur bravoure accoutumée, mais ici leur tactique est inutile, ils tombent par milliers sous les coups des Helvètes, que transportent leurs premiers succès. Divico est embrasé d’une ardeur surhumaine ; comme s’il avait des ailes, il est partout à la fois, redoutable comme Hésus lui-même, et Bélen semble ceindre sa tête d’un diadème de feu ! […]. Cassius est mort… Pison est mort… Publius prisonnier comme Hélicon ! Inutilement, les légions veulent se réfugier dans leur camp ; l’incendie le dévore ; les vivres manquent ; tous les passages sont fermés ; la retraite est impossible. Ce qui reste des Romains doit se rendre pour avoir la vie sauve ! ».
[Acteur 1 part discrètement par l’escalier ouest vers le jardin communal. Il réapparaîtra plus tard en est, sur la fontaine, avec l’effigie voilée d’Adolphe Ribaux]
Acteur 2 : [Au milieu de l’escalier en est : Il incarne Adolphe Ribaux :]
Gloire à Divico ! Son plan secret, c’était un sacré plan ! La victoire est revenue aux Helvètes ! C’est sur cette victoire de nos ancêtres les Helvètes que, moi, Adolphe Ribaux, j’ai terminé ma pièce de théâtre. Mais attention : mon chef-d’oeuvre n’est pas une simple histoire de guerre et de sang, de gros mollets conquérants et de puissants biceps nationalistes ! Oh ! non ! J’ai voulu apporter du rêve – en faisant revivre la belle histoire d’une esclave et d’un espion. D’où mon personnage de Myrrha. [Il montre l’effigie]. J’ai voulu rappeler des valeurs, des valeurs fortes – comme l’importance du sacré, ou comme l’amour de sa terre [Actrice paraît et transforme l’effigie]. D’où mon personnage d’Helvia.
Actrice : [Venant du jardin communal, apparaît soudain par le chemin en ouest – forçant ainsi le public à se retourner :]
C’est sur nos terres que ce drame s’est passé ! Et nous avons été les meilleurs ! Nous avions, en face de nous, la brutalité et le rapport de force. Nous avions en face de nous un monde désacralisé. Moi, Helvia, grande druidesse des Helvètes, j’ai donné à mon peuple ce qui est plus fort que la force ; j’ai complété son bras par l’esprit. Gloire aux Dieux Teutatès, Hésus, Bélen et Tarann ! « Sous ton front bouillonnent de vastes pensées, ô Divico !… toute la nuit dernière, j’ai veillé en prière près de l’autel… A l’aube, j’errais dans la vallée… un laboureur m’a dit avoir aperçu l’alouette au creux de son premier
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sillon… il y a des signes propices sous les feuilles des pommiers. Tous les présages sont favorables… » Divico, je te pardonne ton infidélité avec Myrrha. Divico, « je t’aime ! ». [Actrice rejoint Acteur 2 sur l’escalier est].
Acteur 1 : [Venant du jardin communal, apostrophe soudain le public depuis la fontaine. Il porte une toge qui en fait vaguement un Romain de temps de César. Il dépose près de lui l’effigie d’Adolphe Ribaux qui est recouverte d’un voile :]
Vive Helvia ! Vive l’Helvétie ! Notre bonne terre de Bevaix a accueilli Helvia : c’était en juillet et en août 1908, il y a exactement 100 ans. Incroyable ! Qui l’eût cru ? Public, cher public, le chef-d’oeuvre d’Adolphe Ribaux, cette pièce de théâtre mythique et bevaisanne, Divico, dont nous venons de découvrir la magie et l’élan, cette pièce a été un échec total en 1908, un four ! Moi, qui suis-je ? Un rescapé de l’armée de Cassius. Les Romains sont rentrés à Rome. Mais moi, j’ai découvert une terre magnifique, ce village rempli de bonnes gens – ce village qui n’a pas de nom. Je veux faire profiter ce village d’un produit que nous connaissons bien à Rome. Comme la fondue, ce produit crée la bonne humeur et réchauffe, même si parfois, on le regrette le lendemain, mais bon… je vous apporte le raisin ! Je vous apporte la vigne ! Je vous transmets le vin ! Et votre village qui n’a pas de nom, ce village pourra prendre mon nom : je m’appelle Bibius. Chez moi, à Rome, Bibius signifie l’homme qui sait bien boire ! Chez vous, Bibius est a donné naissance à Bevaix ! [Il enlève sa toge]. C’est en tout cas l’étymologie la plus probable du nom de Bevaix et non, Mesdames, et Messieurs, cette invention des Messieurs des Biviades, d’imaginer qu’il y avait ici deux routes, bi-viade, une étymologie farfelue et tenace de Bivia. Mais bon, vous êtes venus, vous avez vu, preuve que ces Messieurs des Biviades n’ont peut-être pas complètement tort en ce qui concerne le marketing ! A propos, le livre de la pièce de théâtre de Divico n’est malheureusement plus disponible en librairie, mais le Comité des Biviades s’engage à vous le faire parvenir, si 50 personnes souhaitent l’acquérir. Inscrivez-vous, et si vous êtes assez nombreux, on le fera rééditer et on vous l’enverra contre remboursement, pour la somme de 40.-. Laissez-vous tenter par ce chef-d’oeuvre du barde bevaisan, Adolphe Ribaux, Adolphe Ribaux a laissé une rue à Bevaix ; il pourrait bien laisser aussi un livre dans votre bibliothèque !

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